16.04.2007

Ce que Rocard n’ose pas vous dire

Un article hautement intéressant de l'inénarable Bourlanges, que j'ai eu l'occasion de voir deviser lors de la campagne pour le référundum en 2005. Il traite de la possible et souhaitable recomposition politique au lendemain du premier tour! Bonne lecture.

 

Tribune de Jean-Louis Bourlanges
Parue dans le journal Libération du 16 avril

La brutale fin de non recevoir opposée au nom de Ségolène Royal par François Hollande à l’initiative novatrice de Michel Rocard ne surprendra personne. Depuis des mois, le Premier secrétaire et la candidate du Parti socialiste semblent attirés par une pente fatale : verrouiller un système politique sénile et stérile dont les Français ne veulent plus.

Le manichéisme droite-gauche de la direction actuelle du PS et sa foi inaltérable dans le caractère dual de notre vie publique présuppose l’existence d’une gauche essentielle et intangible, formant pour l’éternité un bloc idéologiquement compact et politiquement solidaire. La bipolarisation de nos institutions entretient notre société politique dans une redoutable schizophrénie. L'exaltation permanente et universelle du conflit droite-gauche nous empêche de voir que la summa divisio de la société française, le rideau de fer idéologique qui la coupe en son milieu, passe à l’intérieur de la gauche et même à l'intérieur du Parti socialiste.

C'est au prix d'un mensonge sur elle-même, d'une dénégation de la réalité que la gauche s'interdit de reconnaître que ce qui sépare son aile réformatrice du centre et même d'une droite modérée, hystériquement qualifiée d'ultra-libérale, est beaucoup moins fort que ce qui la partage en deux. C'est entre sociaux-démocrates et « anti-libéraux » que se jouent les grands choix politiques: pour ou contre l'économie de marché, la "concurrence non faussée", l’ouverture au monde, l'orthodoxie budgétaire, l'indépendance monétaire, la valeur travail. La gauche française veut-elle rester prisonnière de sa dénonciation de "l'horreur économique" et de l' « imposture socio-libérale » ou se mettre au diapason de la quasi-totalité des partis de la gauche européenne ? Telle est la question qui sous-tend la démarche de Michel Rocard même s’il ne l’exprime pas aussi nettement.

L’ancien Premier ministre ne peut plus ignorer que le principal obstacle au rapprochement auquel il aspire se situe dans son camp. Ce qui bloque, c’est la tenace incapacité du Parti socialiste à suivre le même chemin que l’ensemble des partis socialistes européens. Si la gauche française est en si grand désarroi et si les dirigeants comme la candidate du Parti socialiste ont tant de mal à articuler un discours stable et cohérent sur quoi que ce soit, ce n’est pas seulement en raison des faiblesses de Mme Royal, c’est surtout parce que le PS n’est clair ni sur les fondements idéologiques de sa démarche, ni sur son projet politique, ni sur les contours de ses alliances.

J'entends bien l'indignation de tous ceux qui sont prêts à dénoncer la dérive néolibérale de la gauche française. "Si la gauche est condamnée à faire une politique de droite, à quoi bon voter à gauche?" Bonne question qui appelle, par le vote « anti-libéral » ou par le vote au centre, à cesser de cautionner le mensonge d'une gauche dont les codes identificateurs sont en permanence contredits par une pratique gouvernementale soucieuse de solidarité européenne, de liberté économique et de stabilité sociale. Il faut refuser de réduire l'affrontement électoral à un choix moralisateur entre deux ensembles symboliques vides qui dissimulent sous un flot de langue de coton, de restrictions mentales et de fausses promesses, la fracture interne à la gauche. Il est urgent de décongeler la politique française, urgent d'en finir avec ce mixte désolant d'illusion et de nostalgie, avec cette fausse frontière partisane, avec cet écrasement du projet par le mythe, avec cette immolation récurrente des alliances de raison sur l'autel d'un fantasme régressif.

Comment y parvenir ? Michel Rocard montre le chemin mais hésite à s’y engager. Par crainte de transgresser, il ne va pas jusqu’au bout de la logique qu’il suggère. La fin de la guerre des fantasmes, du double langage institutionnalisé, de la démagogie des campagnes et de l’opportunisme des politiques gouvernementales, appelle de puissants changements qu’il faut avoir le courage d’identifier et d’assumer.

Ne sous-estimons pas les leviers politico-institutionnels de la rénovation. Le blocage de la société française tient largement à la faiblesse de ses institutions représentatives qui laissent face à face une administration arrogante et un peuple méfiant et rebelle. Il est nécessaire de lever les obstacles à l'élaboration de compromis parlementaires sur les réformes. Si l’on veut un Parlement légitime et respecté, il faut lui rendre sa représentativité. Nous en sommes loin: trop de fonctionnaires, pas assez de femmes, peu de jeunes, point d'immigrés et une écrasante domination du parti arrivé en tête! Il faut en finir avec ce système d'injustice et d'impuissance, d'impuissance par l'injustice, qui permet à un président de la République choisi par moins de 20% des électeurs de disposer au Parlement de 63% de la représentation. Pour mener à bien cette rénovation, la modification du mode scrutin législatif s'impose. Michel Rocard devrait opérer sa conversion sur ce point. Seule la représentation proportionnelle permettra de substituer aux déséquilibres et aux affrontements bipolaires actuels, un équilibre multipolaire respectueux de l’identité et de la liberté des différentes sensibilités politiques du pays.

La clef du changement réside cependant dans le choix des Français au premier tour de l’élection présidentielle. En réagissant comme elle l’a fait à l’initiative de Michel Rocard, Ségolène Royal a confirmé qu’elle a trahi l’espoir de renouveau qu’elle prétendait naguère incarner. Dans l’hypothèse de la sélection de celle-ci pour le deuxième tour, la restauration d’un affrontement droite-gauche classique et le laminage du centre en résultant ruineraient les chances de la rénovation qu’appellent de leurs vœux Michel Rocard et Bernard Kouchner. Seule l’élection de François Bayrou permettra de faire échec à une gauche archaïque, dogmatique et sectaire, celle-là même qu’a toujours combattue Michel Rocard, et de créer le choc nécessaire à la recomposition de la vie politique française.

Il est temps d’imaginer l’avenir de la gauche en dehors d’une gauche imaginaire !

Jean-Louis Bourlanges

11.04.2007

L'éducation reste la priorité

Je viens de passer l'après-midi du 11 avril à la base aérienne de Drachenbronn pour suivre le déroulement de la JAPD , la Journée d'appel de préparation à la défense (l'enseignement de la défense est obligatoire dans les cours d'éducation civique de troisième et peut également être abordé en classe de 1ère).

 

Cette journée concerne chaque année près de 800000 jeunes Françaises et Français dont 23000 jeunes Alsaciens, la plupart âgés de 17 ans. Depuis la suspension du service national en 1997, cette JAPD permet de maintenir un lien indispensable entre la jeunesse et les armées qui se sont professionnalisées. Elle permet aux jeunes de découvrir les différents métiers qu'offrent les grands corps d'armée, du pilote de chasse au cuisinier, du commando spécial au mécanicien. Elle offre également une initiation au secourisme et propose une sensibilisation à la dimension européenne de la défense française.

 

La JAPD a une autre mission essentielle, la détection de l'illettrisme. C'est la dernière évaluation commune des jeunes d'une même classe d'âge, dont certains poursuivent leurs études tandis que d'autres ont déjà terminé leur scolarité. Les chiffres sont assez consternants. Plus d'un jeune sur dix présente des difficultés de lecture (11,6% en Alsace contre 10,9% de moyenne nationale). On estime à 5% le nombre de ces jeunes qui vont progressivement basculer dans l'illettrisme. Ce constat souligne l'impérieuse nécessité de maintenir les efforts en faveur de l'éducation, pour tenter de remédier aux problèmes liés à l'inégale maîtrise de la langue, instrument indispensable pour remplir des démarches administratives, écrire un CV ou faire une recherche d'emploi. Cet enjeu dépasse tous les clivages!

 

Stammtisch à Schwabwiller

       Une petite vingtaine de personnes s'est réunie mercredi 4 avril au Restaurant de la Poste à Schwabwiller pour discuter de la campagne présidentielle et du programme de François Bayrou en particulier. J'ai décliné quatre thèmes centraux du projet présidentiel du candidat soutenu par l'UDF - la dette, le pouvoir d'achat, les retraites et l'Europe - et tenté, avec le concours précieux de quelques militants de répondre aux questions souvent pointues des participants. Celles-ci ont permis de souligner le réalisme et le pragmatisme des propositions formulées par le leader centriste.

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