27.03.2007

PETIT PLAIDOYER POUR LE BILINGUISME

medium_histoire.jpgLa promotion du bilinguisme reste un enjeu de chaque instant dans notre région. Les raisons en sont évidentes. L’alsacien, l’allemand et le français sont des langues complémentaires en Alsace pour des motifs à la fois historiques et culturels. Leur maîtrise semble d’autant plus souhaitable sinon indispensable qu’une partie de la vitalité économique de la région tient à sa position géographique privilégiée au cœur de la dorsale européenne, cette énorme concentration d’hommes, de richesses, de matière grise qui court du bassin de Londres au Nord de l’Italie, le long de l’axe rhénan. La France est de surcroît le premier partenaire commercial de l’Allemagne et réciproquement, et l’Alsace se trouve au centre de ces échanges.

Les 63000 travailleurs frontaliers alsaciens ont longtemps profité de cet avantage de situation et ont contribué à faire de notre région la championne française du plus faible taux de chômage. Les évolutions des conjonctures économiques en France et en Allemagne, la flexibilisation croissante du travail, la concurrence d’une main d’œuvre originaire d’Europe centrale et orientale ont quelque peu modifié la donne. A ces facteurs s’ajoutent les difficultés rencontrées par les Alsaciens plus jeunes qui postulent aux fonctions occupées par leurs parents, mais dont l’accès au marché de l’emploi allemand ou suisse est limité par une insuffisante maîtrise de langue allemande.

Les efforts déployés depuis des années par le monde associatif, par de nombreux élus locaux, par des parents d’élèves, des enseignants et des artistes engagés ont fait progressivement évoluer les pouvoirs publics en faveur de la promotion de l’enseignement bilingue tant et si bien que 13000 élèves suivent actuellement une scolarité dans le système paritaire franco-allemand, depuis la maternelle jusqu’au lycée. Le Conseil régional a ainsi financé l’acquisition des nouveaux manuels franco-allemands d’histoire édités par Klett et Nathan pour les élèves de terminale Abibac (en photo).

La convention passée entre les collectivités locales alsaciennes et le Rectorat pour la période 2000-2006 était ambitieux et prévoyait notamment un enseignement hebdomadaire de trois heures dès la maternelle puis à l’école primaire et l’ouverture d’une classe bilingue dans chaque collège. L’exemple des difficultés rencontrées par les enfants de 5 ans de l’école maternelle Camille-Claudel d’Obernai, privés de site bilingue à la rentrée dernière, souligne néanmoins combien les pesanteurs de l’administration peuvent encore faire obstacle à l’accès à ce type d’enseignement. Il est important que la nouvelle convention qui se négocie actuellement ne revienne pas sur les efforts entrepris jusque là.

Or l’enseignement bilingue, loin d’être élitiste – faudrait-il cependant avoir peur du mot ? – correspond bien davantage à une forme démocratique d’apprentissage, ouverte à tous dès le plus jeune âge. Un tel système vise non seulement à élargir l’horizon culturel et intellectuel des élèves dans un espace mondialisé complexe, mais aussi à leur offrir la possibilité de poursuivre leurs études dans l’espace germanophone voire d’y trouver des débouchés professionnels. Les sections européennes allemand des lycées professionnels ainsi que l’ABIBAC – qui aboutit à la double délivrance des baccalauréats français et allemand – s’inscrivent dans cette perspective.

L’ouverture culturelle acquise grâce aux enseignements dispensés dans la filière bilingue n’est en outre pas incompatible avec l’apprentissage d’autres langues moins familières, mais contribue bien au contraire à aiguiser la curiosité des élèves pour le monde qui les entoure. Mais, dans cette petite région au cœur de l’Europe, la langue qui reste la plus importante à connaître, outre le français, est celle qu’on a le plus de chance d’utiliser dans son cercle de relations familiales, amicales ou professionnelles, c’est-à-dire celle que d’aucuns appellent parfois pudiquement la langue du voisin.

Thomas JOERGER , Professeur d’histoire géographie en section Abibac au lycée Stanislas de Wissembourg, Conseiller municipal de Leutenheim et secrétaire régional des Jeunes UDF Alsace

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